Vie pratique

Contraception naturelle et cycles féminins, l’ouvrage d’Audrey Guillemaud

Je vous ai déjà parlé de symptothermie et de contraception dans des articles. Je pense que c’est un sujet sur lequel il y a beaucoup de croyances, de désinformation, et il est donc important pour moi de militer pour une plus juste reconnaissance des alternatives à ce qu’on nous propose toujours comme solution unique : la pilule.

J’ai eu la chance grâce à mon revirement de contraception vers la symptothermie, de rejoindre des cercles de femmes engagées, et de partager avec passion sur un sujet qui peut paraître banal voire chiant -les grands mots- : le corps et le cycle.
Au cours d’une vie, on aura nos règles des centaines de fois (à une moyenne d’une douzaine de fois par ans pendant 40 ans, ça tape dans les 480 fois, force et honneur ma soeur), et avant de s’y pencher, on a le sentiment d’être dans un état total de passivité face à tout ça.

Lorsque je vous ai parlé de symptothermie, j’ai eu du mal à vous recommander des ouvrages sur le sujet, car il s’agit en fait plutôt de manuels à destination des utilisatrices. Aucun jusqu’ici ne faisait un retour global, avec une partie théorique et une partie pratique.
Mais ça, c’était avant l’ouvrage d’Audrey Guillemaud 😉

Cycle féminin et contraception naturelles

J’ai croisé plusieurs fois son chemin sur les groupes facebook que je fréquente, c’est donc sans trop de surprise que j’ai un jour trouvé son nom dans ma boite mail, associé à un ouvrage que j’avais déjà croisé en supermarché et que je n’avais pas eu le temps de feuilleter.

Le livre se décompose en plusieurs chapitres avec chacun leur utilité pour comprendre et savoir interpréter nos cycles.

Pour le moment, et avant de commencer à parler du livre, petit warning, l’ouvrage n’est pas pensé de manière inclusive : certaines personnes qui ne sont pas genrées « femmes » ont un utérus et leurs règles mais à mon sens, cet ouvrage ne leur est pas destiné car genré.
J’en ai discuté avec Audrey (qui a été très à l’écoute de ma question, merci pour ton écoute), et il semblerait qu’à sa rédaction, l’ouvrage était inclusif (et aussi à destination des hommes), mais à sa correction, il a été choisi de n’orienter l’ouvrage que vers les femmes.
C’est un choix intéressant qui montre plusieurs choses : de un, il y a encore beaucoup de pas à faire dans notre société, déjà pour démystifier les règles dans un corps « normé » qui correspond au genre féminin car c’est un sujet sensible, et de deux, la question de la transidentité est encore totalement absente du dialogue public, plongeant une partie de la population dans l’invisibilité la plus totale. Sans compter le fait qu’on reste dans l’idée que l’ouvrage n’est à destination que des femmes, et donc, que la contraception leur revient.
Ce n’est pas le sujet de l’article, je referme la parenthèse, mais je voulais en toucher deux mots, car je trouve que ça mérite de l’avoir en tête, d’y réfléchir. J’ai essayé (parce que je suis un peu une bille faut le dire) de rédiger cet article de manière inclusive, non pas pour « rendre l’article illisible » comme certains le ressentiront, mais pour le rendre lisible au plus grand nombre.

Voici les différents chapitres qui composent ce livre :

Les cycles menstruels sous un jour ressenti

Je ne voyais pas comment nommer une de ces 3 grandes parties, car je trouve l’approche plus subjective que dans le reste du livre!
N’as tu jamais fait l’expérience (bon, si tu suis tes cycles), de constater une hausse de motivation à certains moments? Ou au contraire, une difficulté à te concentrer même sur des choses simples? Une facilité à se laisser aller à la flemme, au confort, ou à l’inverse, à se risquer ?

Le début du livre explique donc les différentes « saisons » du cycle. Je trouve ça plutôt subjectif, dans le sens où chacun.e d’entre-nous pourra réagir très différemment à l’influence des hormones. Pour ma part, je ne me suis pas particulièrement retrouvée dans les descriptions, mais ça a l’avantage de mettre cette idée sur le tapis : nos hormones étant changeantes, nous sommes aussi changeant.e.s en fonction des différentes périodes du cycle : règles, pré-ovulation, ovulation, post ovulation.

Ca influence notre vie sociale, mais aussi les activités dans lesquelles on a des appétences (activités physiques, créatives, professionnelles…). Si c’est quelque chose que j’avais commencé à réaliser avec le fait d’observer mes cycles de près, je trouve ça important de réaliser que la constance est difficile quand on a des chamboulements pareils en interne (les hormones influencent tout le fonctionnement dis). Ca aide à relativiser sur ce qu’on peut percevoir comme une baisse de régime, alors que c’est juste une autre partie du cycle, qui nous invite plutôt à d’autres activités.
Et ça nous permet aussi de nous adapter au mieux et de vivre plus sereinement des phases qu’on avait du mal à piger!
Prendre un peu de recul sur le sujet est aussi un très bon moyen pour celles et ceux qui en ont l’occasion, d’organiser leur temps de travail aussi par cycle, en favorisant l’écoute de soi !

Comprendre le cycle menstruel

Les cours de SVT remontent un peu et étaient truffés de mythes à la peau dure comme le cycle de 28 jours et l’ovulation à 14 jours.
Cette partie du livre, qui aurait certainement du me filer des boutons -moi et la science-, m’a vraiment passionnée!
C’est très bien détaillé, expliqué, et ça permet de comprendre en détail les différentes phases du cycle et l’impact sur le corps de manière tangible-palpable-visible.

Finalement, on peut avoir le sentiment de subir tout ça pendant des années sans jamais vraiment comprendre ce que ça implique, sans savoir qu’on vit des phases de fertilité/infertilité, et sans prêter attention à certains détails directement liés à notre activité hormonale.

Alors on va te parler des hormones qui régissent les cycles, on va te parler du col, de l’action des hormones sur le col, de ce que ça implique en terme de fertilité, de manière très claire. Pas question de faire une thèse sur le sujet mais c’est intéressant de voir cette partie pour comprendre comment en tirer parti ensuite.

Interpréter son cycle et utiliser une contraception naturelle

La « dernière » partie de l’ouvrage consiste à comprendre comment tirer parti de ces connaissances durement acquises!
Comment déterminer la partie avant ovulation? Comment « valider » une ovulation? Comment déterminer que c’est bon, on est bien en post ovulation?
J’ai été un peu déroutée car ayant appris l’interprétation du cycle par la fondation symptotherm CH, une des différentes écoles qui existe, j’ai eu un peu de mal avec le vocabulaire différent (et les règles différentes d’ailleurs), de la méthode Cler Amour et Famille, proposée dans l’ouvrage.
Ces méthodes, basées sur l’observation de plusieurs facteurs objectifs (température, glaire cervicale et position du col), ont toutes le même objectif. Ce qui varie légèrement, c’est le vocabulaire et certaines fois, les critères pour fermer/ouvrir la fenêtre de fertilité.

En tout cas, la partie du livre insiste bien sur la nécessite de réaliser le sacro saint double contrôle (températures+observation des glaires cervicales avec éventuellement toucher du col), et ça, c’est banco! On ne prend pas la contraception naturelle à la légère. Ce n’est pas une solution miracle, je ne le répèterai jamais assez mais il faut avoir conscience que ces contraceptions naturelles ne dépendent que de nous. Et de notre apprentissage de notre corps.

Vous aurez donc compris qu’en terminant de refermer la dernière page de ce livre, vous ne serez plus seulement spectatrices et spectateurs de votre cycle. Il s’agit de se réapproprier pleinement nos corps, nos variations hormonales et leur impact tout au long de nos cycles menstruels.
Un voyage passionnant, que je ne saurais que trop vous recommander, pour vous reconnecter à ce qui peut parfois paraître comme ingrat, difficile ou injuste. Parfois aussi, inviter ses cycles permet de mieux les comprendre, de moins les redouter, et finalement, de mieux les accepter et les vivre avec sérénité.
Le cycle a une place bien mince dans la société, et à tort, nous avons tendance à lui donner un siège au second plan en l’ignorant au quotidien.
Comprendre, c’est avoir les armes pour parler librement à ce sujet, et avoir le choix d’une contraception sans risque pour la santé, qui replace le corps au centre de la question.

N’hésitez pas à me poser vos questions si vous en avez, et bonne route !
Vous pouvez également aborder vos idées de corrections, suggestions, avec Audrey, n’hésitez pas à lui envoyer un petit mot afin de les faire figurer notamment dans la réédition.

PS : Jamais facile d’illustrer les articles sur ces thématiques, allez savoir pourquoi, l’ironie du sort aura voulu que je découpe cette pêche au moment d’y réfléchir. Le sujet s’y portait bien, j’espère que son profil sanguinolent vous aura fait rêver.

Cycle féminin et contraceptions naturelles, Audrey Guillemaud, Editions Hachette pratique

Délia ♥

6 Commentaires

  • Merci pour cette article. Je ne suis pas clairement pas prête de passer à une contraception naturelle (stérilet encore valide 3 ans et il est possible que je rempli pour 5 derrière) mais parler du cycle, le comprendre et mieux comprendre ses réactions aux hormones est très intéressant.

    Je suis toujours partie du principe que je fais partie de la team cycle Nawak (variabl et de 3 à 6 semaines en période normales et parfois plusieurs mois sans règles). Du j’ai un peu eu tendance à laisser tomber le sujet de la compréhension étant plus jeune.

    Bonne journée.

    • Hello!
      Si il y a bien une chose avec cette contraception, c’est qu’il faut le sentir pour se lancer donc si tu es bien avec le stérilet, ma foi, pas de raison de bouger (même si tu peux t’observer sous stérilet, tant qu’il n’est pas hormonal) 🙂 ! Mais oui, il y a toujours un intérêt à mieux comprendre son cycle.
      Des cycles déréglés peuvent aussi être le symptôme d’un dérèglement plus important en interne, ça pourrait être intéressant sur ce point de voir si par exemple, ton corps essaye d’ovuler plusieurs fois, si tu as des périodes post ovulatoires courtes ou non, ça en dit généralement assez long sur notre état de santé en général 🙂 En tout cas, quoi qu’il arrive ça pourra être un super guide si jamais un jour, ça te dit de te mettre à l’observation 😉

      Bonne soirée à toi!

      • Hello,

        Je suis bien d’accord avec toi.
        Les contraception hormonal sont synonymes de mycoses mensuelles pour moi donc je les fui comme la peste. #FoutageDeBordelDansTinMicrobiote
        Et c’est très triste car en 2019 quand on parle contraception non hormonal, on a pas un choix si développé que ça :-(.

        • Hello!

          Moi c’était une méthode très efficace niveau contraception, ça m’avait réduit ma libido à néant ahah.
          On parle aussi très peu de contraception masculine, alors qu’il en existe ;). Mais même si l’on souhaite y avoir recours, c’est compliqué et peu de médecins les proposent! La fertilité masculine est systématiquement mise en avant, et on rechigne à risquer quoi que ce soit à ce niveau!

  • Merci pour ton article, à titre personnel j’ai besoin d’avoir une contraception qui me libère totalement l’esprit donc je ne me verrais pas passer à la symptothermie (trop flippe), en revanche je trouve effectivement qu’on connaît mal nos cycles et que ce qu’on en apprend se résume à des trucs très schématiques (même si je pense que ça évolue doucement, car dans mon souvenir les prof mentionnaient que 28 jours c’était pas du tout une norme absolue mais plutôt une vague moyenne. Par contre l’ovulation à 14 jours ouais ^^).
    On le constate en voyant le nombre de trucs qui nous font paniquer à l’adolescence et même après : et des pertes à ce moment là c’est normal ? Et de cette couleur ? Et si mon cycle est de 30 jours? Etc etc
    Donc je suis très curieuse de cet ouvrage qui m’a l’air bien documenté!
    Je trouve ça dommage qu’on passe aussi rapidement d’un rejet total des méthodes « naturelles » car considérées comme inefficaces, irresponsables etc (bon faut dire qu’il existe aussi des trucs foireux et que certaines applis smartphone sont pas terribles), à un enthousiasme beat parfois qui du coup peut être problématique aussi. Là ça n’a l’air d’être ni l’un ni l’autre!
    (Reste la question de la charge mentale et de la disponibilité d’esprit : est-ce que les rythmes de travail et de vie dans notre société actuelle permettent ça, et à tout le monde? J’en suis pas sûre… Dernièrement l’UCL a publié sur son site et dans le journal un article assez critique là dessus, sur la diabolisation de la pilule, avec ce cadrage là. Je l’ai trouvé un peu dur à titre personnel mais ça posait de bonnes questions)

    • Hello Irène!
      C’est paradoxal, mais le fait de savoir où j’en suis dans mon cycle me libère totalement l’esprit et me donne une certaine sérénité :). Je sais exactement ce qu’il se passe et quand, et quand donner la main à la contraception barrière, du coup, aucun stress de ma part alors que pourtant je suis en stress total à l’idée d’une grossesse depuis des années 😉 !
      On ne parle absolument pas de ces sujets je trouve ça dingue! On devrait savoir comment, pourquoi, etc, mais tout ce qu’on a c’est des doutes et une solitude certaine le jour où ça arrive!
      En effet, je trouve ça dommage de passer à l’idée que le passage à la responsabilité est un truc inconsidéré, alors que la symptothermie est justement une méthode qui donne beaucoup de connaissances et de liberté.
      Pour ce qui est de la charge, je me suis posé la question, mais il s’agit d’1 minute au réveil avec le thermomètre le matin, et une le soir pour contrôler les glaires cervicales, autant te dire que c’est léger. Il faut bien concevoir que la symtpo c’est aussi partager la contraception : je ne sais pas si tu as lu mon article sur le sujet mais ça permet aussi de redonner une responsabilité à l’autre. Il se tient au courant : s’il ne fait pas le relevé à ma place il s’implique et les risques sont gérés à deux s’il y en a (tout dépend des couples, certains sont ouverts à une grossesse, pas moi). Et on agit ensuite en conséquence. Par contre ça nécessite d’en parler ouvertement et d’avoir un partenaire d’accord pour pratiquer cette méthode. Ca renforce beaucoup, à mon échelle ça a été super positif!
      En ça, je trouve qu’on redonne au « pénis » sa fertilité, alors que jusqu’ici avec la pilule notamment,on donne aux femmes l’entièreté de la contraception.
      C’est un sujet intéressant et je pense que ça dépend des gens et de l’implication de chacun! J’ai fait une pause cet été dans la sympto, c’est aussi ce qui fait sa force : on repasse à des méthodes plus classiques mais on ne perd pas le bénéfice de la contraception entre temps, puisqu’il s’agit seulement d’une méthode pour mieux profiter des moments infertiles 😉 !
      Merci pour ton commentaire!

Commenter

En publiant ce commentaire, vous autorisez la collecte de vos informations (adresse e mail et IP) qui ne seront utilisés qu'à cette fin précise. Pour plus d'informations sur la collecte de données consultez mes mentions légales.