Si vous me lisez, cela fait maintenant de nombreuses années que je n’utilise plus aucun produit animal sur ce blog. Sans en avoir vraiment parlé ici, ça a été une transition logique pour moi de proposer des recettes entièrement végétales. C’est finalement l’éléphant dans la pièce de ce site car je n’ai jamais pris le temps d’aborde le sujet sur un plan purement éthique, alors c’est parti !
Végétarisme, végétalisme, véganisme : définitions
Pas toujours facile de s’y retrouver dans les dénominations qui existent pour parler des différents régimes alimentaires quand on n’est pas initié.e. Alors voici un petit descriptif pour comprendre de quoi il retourne. Je ne parle pas du flexitarisme car je considère que c’est finalement un régime omnivore, les limites étant très floues (et étant aussi le poulain boosté par le lobby de la viande, qui en fait une manière bien commode de continuer à surtout bien manger de la viande).
- Végétarien : personne qui ne mange plus de produits nécessitant directement la mort des animaux pour sa consommation. Ils consomment encore des oeufs, du lait, du miel … Produits exclus : chair animale (poissons, crustacés et animaux terrestres), gélatine (de porc, boeuf ou poisson, présente notamment dans les entremets en pâtisserie, les bonbons), fromages contenant de la présure animale (issue de l’intestin des veaux, qui doivent donc … mourir).
- Végétalien : Personne qui ne mange aucun produit issu de l’exploitation animale. Produits exclus : viandes, gélatine, oeufs, lait animal, miel et produits de la ruche …
- Vegan : personne qui ne mange plus aucune produit animal mais qui, en plus de cela, ne participe pas à l’exploitation animale pour s’habiller, se divertir, se maquiller … Produits exclus : viande, gélatine, oeufs, lait animal, miel et produits de la ruche, cuir, laine, soie, loisirs incluant des animaux tels que les zoos, aquarium, cirques ou l’équitation (même si je SAIS d’avance que certaines personnes vont contester ce point). Par extension et abus de langage, on parle souvent de nourriture vegan, mais le véganisme est avant tout un mode de vie éthique, et non pas un régime alimentaire.
J’ai eu au cours des dernières années des tas d’échanges (plus ou moins apaisés, car ça reste un sujet épineux pour beaucoup de monde) au sujet du végétarisme et véganisme. Et une des conversations qui revient souvent est celle de savoir si on a le “droit” de consommer telle chose. Ces régimes alimentaires n’étant pas une secte (même si parfois on nous décrit comme tel haha), chaque personne gère avec ses propres limites et ses capacités entre ces différentes définitions. Ces étiquettes sont utiles socialement, même si elles ne sont pas sur mesure.
Si on devait être logiques à 100% dans notre déroulement de pensée, il n’y aurait finalement pas “d’étape” au végétarisme, car pour manger du fromage ou manger une omelette, on tue plus ou moins directement tous les animaux qui participent à l’industrie du lait et de la ponte (et ça en fait un PAQUET tous les jours). On ne tue donc pas nécessairement moins d’animaux, mais moins directement. Ne nous faisons pas d’illusions : les vaches laitières ne meurent pas de leur belle mort à 20 ans, pas plus que les poussins mâles n’apprécient le broyage, ni les poules pondeuses une mort à moins de 1 an car leur productivité décroît. Maintenant on est aussi des humains remplis de contradictions donc chaque individu va rejoindre la définition la plus proche de ce qui lui semble approprié à son mode de vie pour en parler.

Pourquoi devenir vegan ?
La raison principale pour devenir vegan est le souhait de ne plus faire subir l’exploitation animale aux animaux, qui sont des êtres sentients. C’est une vision politique, au sens large, même si le terme est souvent vidé de cet aspect là car la politique, visiblement, ça tâche. Lutter contre l’oppression des animaux en refusant d’y participer est un geste fort, et radical, qui remet en question beaucoup de pratiques. Ces questionnements sont à mon sens indivisibles des autres dynamiques de domination. Certaines personnes ont également d’autres motivations même si je les trouve secondaires (et très variables selon les individus, car il existe autant de façon d’être vegan que de personnes vegan) comme être en meilleure santé ou réduire son impact écologique.
Par quoi remplacer les produits animaux en cuisine ?
Quand on devient vegan, le plus difficile au départ est de changer toutes ses habitudes de consommation. Les produits animaux sont omniprésents dans nos cuisines, dans les événements sociaux, dans nos souvenirs. Même si on peut s’imaginer qu’il s’agit d’une simple équivalence, c’est un peu plus complexe que ça. L’avantage est que plus le temps passe, et plus il y a d’alternatives disponibles sur le marché, qui permettent de se nourrir facilement sans produits animaux.

La viande
Pour retrouver les apports en protéines de la viande, l’alimentation végétale se tourne vers les légumineuses et produits qui en découlent. Lentilles, haricots secs, soja, pois chiches … Si je me suis beaucoup tournée vers ces formes brutes que j’avais déjà l’habitude de manger dans les premiers temps, j’ai ensuite varié mes repas avec le tofu, le tempeh, les protéines de pois et de soja texturées, et aussi le seitan (qui est une préparation de la protéine du blé, le gluten).
Il existe également une offre maintenant très honorable de similis carnés en magasin, bio ou non. Il en existe pour tous les goûts, pour reproduire à peu près tous les produits carnés, de terre ou de mer. S’ils sont souvent décriés pour des raisons de manque de cohérence (pourquoi manger quelque chose qui ressemble à de la viande si on ne veut pas manger de viande ?) ou pour des raisons de composition, ces deux argument se révèlent à côté du pot (même si on peut encore une fois totalement être vegan et ne pas du tout en manger). Consommer des similis carnés permet de profiter d’une expérience gustative similaire sans souffrance animale, et les similis sont pour la plupart carrément ok niveau composition, surtout si on les compare à l’équivalent animal. Ils jouent également un rôle très important de repère culinaire pour les personnes qui souhaitent plonger dans le végétal à petits pas. Il ne faut pas négliger leur pouvoir !
Les oeufs
Pour remplacer les oeufs, il existe des dizaines de combinaisons et de produits de remplacement en fonction du rôle initial des oeufs dans la recette (humectant, levant, coagulation, foisonnement …). Pour ma part, mes alternatives favorites sont le tofu soyeux, le yaourt de soja, la fécule de maïs, la purée d’oléagineux et la poudre à lever. Un peu comme pour le sans gluten, on utilisera rarement un seul produit de remplacement, mais plutôt une combinaison. En général, la quantité de remplacement pour un œuf (soit considéré comme environ 50 g en moyenne) est de 40 g de tofu soyeux ou de yaourt. Il n’y a cependant pas de vérité absolue, je vous conseille donc de commencer avec des recettes déjà vegan avant de vous lancer vous-même dans des végétalisations, car c’est l’ingrédient le plus compliqué à remplacer !
Le lait
Il existe à présent des laits végétaux absolument partout, en grande surface traditionnelle ou en magasin spécialisé bio. Je ne buvais déjà pas beaucoup de lait animal avant, donc je l’utilise presque exclusivement pour cuisiner et surtout réaliser des pâtisseries. En ce sens, c’est donc vers le lait de soja que j’ai tourné mes préférences (nature ou aromatisé à la vanille selon les recettes pour un goût prononcé), car il a sensiblement les mêmes caractéristiques que le lait animal. Il est capable de cailler, il est riche en protéines, et il donne donc des résultats très proches du lait de vache. Autrement, le lait d’avoine est généralement un remplacement apprécié, notamment dans les boissons à base de café, ou à consommer plus “brut”, car il a un goût plus doux que le soja, est crémeux et mousse bien.
La crème
Il existe également beaucoup de crèmes différentes (avoine, riz, cajou, soja, amande …) sur le marché. Pour ma part, je ne peux que vous conseiller celle de soja (toujours pour ses caractéristiques assez similaires aux crèmes animales) ou de noix de cajou, pour leur goût relativement neutre. Pour réaliser de la crème fouettée vegan, il est possible d’acheter des crèmes végétales à fouetter (elles sont clairement identifiées comme tel) soit en ligne sur des boutiques vegan spécialisées, soit en grande surface, notamment de la marque Flora, en briquette de 25 cl.
Le beurre
Bien avant les préoccupations pour l’éthique animale, les margarines en tant qu’alternative au beurre ont fleuri sur le marché, notamment pour les personnes souffrant de cholesterol. Disclaimer : les version hydrogénées qui sont souvent dans les imaginaires pour rejeter ce produit sont très loin de la réalité du marché. Il en existe des versons en barquettes (pour tartiner) et en tablettes (pâtisserie). On peut bien évidemment utiliser de l’huile pour remplacer le beurre, mais cette option ne fonctionnera pas toujours dans toutes les recettes.
Les yaourts
Les yaourts sont issus d’une fermentation. Je vous dirais que pour avoir un rendu identique au yaourt avec le moins d’ingrédients possible (c’est à dire sans texturant supplémentaire), le soja est celui qui est le plus simple (promis je n’ai pas d’actions dans le soja !!). Comme il caille comme le lait, on peut le faire fermenter et obtenir des yaourts sans plus de cérémonie. Je vous conseille de vous pencher sur les étiquettes de compositions si vous aimez beaucoup ce type de produits car ils n’ont pas toujours une composition super clean.
Le fromage
On ne va pas se cacher que c’est la partie la plus difficile : l’offre n’est pas encore au niveau à mon sens, que ce soit gustativement ou financièrement. Si on trouve de bons fromages affinés végétaux, ils sont en général suffisamment onéreux pour en faire des produits de fête plus que des produits du quotidien. Au niveau de l’offre de fromages “à fondre” je n’ai jusque là trouvé aucune référence qui me plaise car je déteste l’arrière goût de noix de coco qu’ils contiennent. J’ai cependant bon espoir que d’autres alternatives voient le jour avec le développement du marché sans lactose.

Le véganisme, le sans gluten, et le bio
Je vais l’écrire en gros : RIEN À VOIR. Manger sans gluten ou bio n’est pas systématique avec le mode de vie vegan. Même si l’alimentation sans gluten est souvent mise en avant, elle est normalement plutôt réservée pour les personnes qui ne peuvent pas consommer de gluten pour des raisons de santé (cœliaques ou allergiques au gluten). Le bio quant à lui est un mode de consommation réduisant la quantité autorisée d’intrants tels que les pesticides, afin de garantir une meilleure sécurité sanitaire.
On peut tout à fait manger végétal et manger sans gluten et bio (par choix ou pour des raisons de santé), mais beaucoup de vegan n’ont ni l’envie de manger sans gluten car non concernés par les points mentionnés au dessus, ni les moyens de consommer tout bio (que ce soit la nourriture ou les autres postes de consommation).
Une alimentation vegan est-elle plus saine qu’une alimentation omnivore ?
La question à 3 millions ! On me parle souvent de pâtisseries vegan qui seraient plus saines que les pâtisseries au beurre, à la crème et aux oeufs. Si j’ai quelques arguments en faveur du véganisme dans ma manche, ce dernier n’en est pas un. Je considère qu’on peut totalement être omnivore et avoir une régime alimentaire très sain, et être vegan et très mal manger. La carence n’est pas un privilège de vegan mais être vegan n’est pas l’assurance d’une meilleure santé !
Il y a cependant une réalité bien amère -mais avec des effets secondaires cools, promis- : quand on devient végétarien.ne ou végétalien.ne, on se heurte souvent à la peur de mal faire, et aussi à celle bien sincère des proches, mais également des figures d’autorité comme les médecins. En découle alors pour beaucoup de vegan une connaissance accrue des besoins réels et des apports présents dans les aliments pour compenser ces peurs, qui va donc avec une alimentation plus équilibrée que certains omnivores qui ne se sont jamais posés sur la question.
Je vous dirais donc que ça dépend de beaucoup de facteurs comme vos goûts, vos moyens financiers, votre capital culturel et social, votre temps, et certainement d’autres que j’ai oubliés. Par contre je resterai ferme sur le sujet : un dessert reste un dessert donc un gâteau vegan ne sera pas “sain” parce qu’il est vegan. Sorry.

Est-ce que manger vegan coûte cher ?
Comme pour le point précédent, ça dépend grandement de ce que vous mangez. En ayant une alimentation végétale axée majoritairement sur les produits bruts et/ou de base, on peut faire des menus vraiment pas chers en cochant toutes les cases (y compris la gourmandise !). Dans la plupart des paniers (en dehors de l’alcool et des extras), ce qui coûte le plus cher, ce sont les produits laitiers (yaourts, fromage), et la viande. A priori, en les retirant, et en compensant par une équivalence végétale, on fait baisser la facture.
Mais comme en étant omnivores, le fait maison bien cuisiné et moins onéreux que les versions toutes prêtes demande du temps et de l’énergie. Et tout le monde n’a pas forcément le temps ou la santé pour préparer à manger. Je dirais qu’à équivalence, les produits transformés vegan coûtent plus cher -et sont plus rares- que les produits omnivores, notamment les yaourts, les fromages végétaux, et les similis carnés, et peuvent vite faire grimper la note.
Être vegan et en bonne santé, est-ce possible ?
Les différents instances de santé ont statué notamment à l’internationale (rapport de L’OMS de 2021) : le véganisme est adapté pour tous les stades de la vie ! Ce qu’il faut avoir en tête quand on se pose la question est de savoir si l’on peut trouver tous les nutriments nécessaires dans l’alimentation végétale. C’est le cas, sauf pour la vitamine B12 (qu’il faut donc prendre en complément).
Comme pour les personnes omnivores, il peut y avoir besoin de faire attention à ses apports voire avoir recours à des compléments si nécessaire selon certains stades de la vie (notamment pendant la grossesse ou quand on devient plus âgé.e). Pour des informations fiables sur la question des apports, notamment en B12, je vous encourage vivement à consulter le groupe “Vive la B12” sur facebook, qui vous apportera toutes les réponses nécessaires sur les dosages et les points de vigilance (calcium, omegas, fer, zinc …).
Repérer les produits vegan
Si par défaut, certains produits sont vegan (encore que, même dans les chips ils mettent parfois de la poudre de lait), si vous achetez des produits transformés, le plus simple est d’avoir un label vegan pour vous assurer de l’absence de produits animaux, ou de procédés qui utilisent des animaux. Il n’existe à priori pas de contrainte légale pour le terme vegan, mais trouver le V-Label ou le logo de la Vegan society sont des gages de sécurité.
Voir ces logos apposés sur des produits vous garantit qu’il est sans exploitation animale, aussi bien dans sa composition (ingrédients, mais aussi tests sur les animaux éventuels), que dans les procédés de fabrication, ou dans leur emballage.
Même si ces logos sont un idéal pour repérer facilement les produits vegan d’un coup d’oeil (et sans aucun doute résiduel sur les procédés de production), dans les faits, rares sont les produits certifiés en dehors du petit monde niché vegan. La raison est très simple : comme beaucoup de labels, c’est un coût supplémentaire pour les marques. Sachant que le marché vegan est minuscule à l’échelle du marché global, c’est une économie qui est malheureusement rationnelle.


Les limites du véganisme dans un monde non vegan
Suite au précédent paragraphe sur les labels, je crois que la première limite pour consommer vegan dans un mon qui ne l’est pas, c’est la difficulté de traçabilité. La condition animale n’est pas vraiment un souci pour grand monde, il est donc quasi impossible pour certains produits de savoir s’il sont réellement vegan ou non.
Même lorsqu’on a l’habitude d’un produit, après avoir vérifié les ingrédients (ce qui n’est pas toujours aisé car il y a aussi des produits animaux dans les additifs qui ne sont pas toujours évidents à déceler), il arrive qu’une composition change sans que cela soit indiqué sur le packaging. J’ai ainsi mangé de longs mois un délicieux chocolat noir bio aux noisettes, avant de lui trouver soudain un goût bizarre et différent ; ils avaient ajouté du babeurre dedans. Il m’arrive encore en de rares occasions de faire des erreurs d’achat car je ne suis qu’une humaine et que lire les étiquettes n’est pas toujours spontané pour certaines catégories de produits.
La plus grosse limite pour moi au véganisme est le fait de manger dehors, et plus largement l’aspect social. Même si on voit de plus en plus d’alternatives végétariennes se faire leur place, il reste encore très marginal de trouver des plats (ne parlons pas de desserts, j’espère que vous aimez manger de la salade de fruits et du sorbet) végétaux dans les restaurants. Ca complique donc grandement la tâche lorsqu’on souhaite manger dehors en groupe. Il en est de même pour le fait de manger chez des ami.e.s ou de la famille. Que ce soit par manque de volonté ou de connaissance, il n’est pas rare de ne pas pouvoir manger à table, ou de devoir systématiquement apporter son propre plat. Ce manque de convivialité m’a, et c’est encore souvent le cas, beaucoup affectée. Il est cependant à noter que la France est vraiment en retard sur la compréhension des enjeux autour du véganisme et du végétarisme, et qu’il y a une forte pression culturelle et de la part des lobbies, ce qui ne facilite pas une normalisation de ces régimes alimentaires.

Pour aller plus loin dans les questionnements
Je traite ici de zones un peu plus “grises” du véganisme, et de questions qui ne font pas toujours consensus au sein du milieu vegan. On parle d’ailleurs toujours “des vegan” ou “des végétariens” mais chaque personne qui choisit de devenir vegan a ses propres motivations, son histoire, ses freins, et cela peut se ressentir sur certaines pratiques et mener à une transigeance accrue sur certains sujets.
Véganisme et produits de la ruche
Le miel est parfois considéré comme ok pour certain.e.s vegan. Il faut cependant noter que les abeilles ne produisent pas du miel pour rien, elles le produisent, à la sueur de leur petit front, avec des milliers de voyages, pour assurer la survie de la ruche. Comme tous les insectes et plus largement d’animaux, les abeilles sont en déclin à cause des changements climatiques, et leur prendre leur bien le plus précieux, les coupant d’un moyen de subsistance, ne les aide pas à survivre. C’est donc pour cette raison qu’une grande partie des vegan refuse la consommation de produits de la ruche, car il s’agit bien d’exploiter le travail des abeilles pour notre usage.
Véganisme et alcool
Sur le principe, on pourrait se dire que l’alcool est un produit simplement issu de la fermentation alcoolique, et que par défaut, tous les alcools sont vegan. Or, quand on produit des alcools, il y a une étape clé qui peut impliquer des produits animaux : la clarification. Lorsque l’alcool est prêt, on utilise divers procédés pour retirer les particules en suspension. Pour cette étape, on peut utiliser du blanc d’oeuf, de la gélatine, de la caséine ou la colle de poisson.
Il existe des alternatives végétales à ces pratiques avec des protéines végétales (pois, pomme de terre, blé) ou même certaines formes minérales. Cependant, compte tenu du coût des labels (et du fait que tout le monde s’en tamponne des vegan, faut le dire), rares sont les vins clairement identifiés comme vegan. Aucune obligation n’existe pour faire clairement apparaître cette information sur le procédé de fabrication, c’est donc une totale zone d’ombre. À moins de poser clairement la question aux domaines et marques, il est difficile de savoir à quoi s’en tenir. Il existe le site Barnivore, bien connu de la véganie, qui répertorie beaucoup de marques et de références, ce qui peut déjà aider à faire un tri, mais ne vous aidera pas forcément face au rayon gigantesque de bouteilles de pinard de votre caviste.
Véganisme et loisirs animaux
L’équitation est ce qui me vient en tête en premier, mais il est évident que les vegan ne chassent pas ou ne pêchent pas. Ce serait quand même rudement dommage d’épargner les animaux partout sauf pour les buter les dimanche avec les copains. L’équitation reste une activité où on monte sur le dos d’un cheval, équipé pour pouvoir recevoir un humain, par un humain. Même s’il existe des manières de monter un cheval de manière plus respectueuse (sans utiliser de mors par exemple, ce truc qui est coincé dans leur bouche là, pour pouvoir tirer sur les rênes), il faut bien se dire que le cheval n’en a rien à faire de trimballer des humains sur son dos, et que c’est plus pour le loisir des humains que du cheval que la pratique perdure. Si l’on souhaite conserver une relation privilégiée avec son cheval, les pratiques alternatives consistent à avoir une relation plus respectueuse pour le cheval, à base de jeux et échanges au sol, libres de toute contrainte pour le cheval, dont celle de promener un humain sur son dos.
Cuir, laine, fourrure, plumes et soie : s’habiller et se chausser vegan
On pense assez facilement aux produit que l’on mange, mais moins à ce que ça implique dans l’habillement. Pourtant, la souffrance animale est très présente dans les industries du cuir, de la laine, de la plume, de la fourrure, mais aussi de la soie.
Le cuir est aussi bien un sous-produit de l’industrie de la viande qu’une industrie à part entière pour certains cuirs. Les animaux doivent mourir pour qu’on récupère leur peau, et il est idyllique de penser que leur mort intervient dans la douceur et à un âge respectable. C’est donc l’exact même chose que la viande : on fait grandir des animaux pour les tuer pour en récupérer des parties à consommer. La fourure est sur le même principe, avec parfois des traitements encore plus cruels : cages minuscules, dépeçage vivant. Tout un programme.
Pour la laine, le refus d’en porter peut sembler moins spontané car on peut s’imaginer qu’on ne tue pas directement les moutons pour la récupérer. Néanmoins, on reste sur le principe d’exploitation. On élève des moutons dont on maximise le rendement dans le but d’en faire un bénéfice et donc d’en vivre et ça mène forcément à des dérives. De plus, la tonte n’est pas une balade de plaisir dans bien des cas (surtout dans les produits de basse qualité), où les moutons sont souvent blessés lors de la tonte et grandement secoués.
La soie quant à elle est le produit d’un vers lorsqu’il fait son cocon. Lors de la récolte, les vers sont tout bonnement ébouillantés dans leurs cocons pour pouvoir produire la fibre de soie et ensuite fabriquer des produits globalement luxueux avec, qui seront vendus à prix d’or. Pour les plumes, on est également sur un marché assez niché dans le luxe, qui va vers l’habillement mais aussi l’ameublement (couettes, rembourrages divers …).
Au-delà de ces produits provenant des animaux dans l’habillement, qui sont mis en avant comme des arguments de vente et donc assez faciles à détecter, un peu comme pour l’alimentation, il y a des mauvaises surprises possibles. Ainsi, dans les chaussures, il est difficile de savoir si la colle employée pour coller la semelle notamment contient des produits animaux. Les seules obligations sur l’étiquette portent sur les matériaux de la chaussure et non sur les autres produits nécessaires à sa fabrication. La seule chose qui peut garantir qu’une chaussure est vegan est une déclaration de la marque ou un label.
Il peut prendre un certain temps pour changer toute sa garde-robe lorsqu’on en retire les produits issus de l’exploitation animale. Chaque personne aura sa propre tolérance face au fait de continuer à porter des vêtements en laine et cuir. Pour ma part, je pars du principe que ce que je possédais déjà ne mérite pas d’être jeté ou remplacé tant que c’est encore en état. Dans la continuité de cette logique, certaines personnes continuent d’acheter des produits contenant ces matériaux sur le marché de l’occasion, car cela ne génère pas de nouvelle souffrance.

Le véganisme et l’huile de palme, les avocats et les noix de cajou
On le sait, l’huile de palme, c’est pas la panacée consommé en quantité pour la santé artérielle, et c’est pas non plus la meilleure pour éviter la déforestation, notamment de la forêt Amazonienne (et donc de la mort de milliers d’animaux, dont les tristement célèbres orangs-outangs), pour planter des palmiers. Néanmoins, quand on parle de l’huile de palme, on parle peu de l’impact de son remplacement par d’autres huiles concrètes (solides) comme la noix de coco à l’échelle mondiale. Pourtant si demain on choisissait de changer toute la culture de palme pour de la noix de coco, l’impact serait tout aussi catastrophique (même si on utilise visiblement plus de sous-produits avec la noix de coco). Le vrai problème de l’huile de palme étant son omniprésence, je pars du principe que ce n’est pas avec mon bloc de margarine pour faire une tarte tous les 2 mois ou des croissants 3 fois par an que je vais raser mon petit coin d’Amazonie. Il est également important de souligner que la culture de noix de coco implique parfois des animaux (des singes) utilisés pour la récolte et que ce n’est que rarement précisé sur les emballages. Enfin, il existe un label pour l’huile de palme qui garantit une production durable (RSPO), qui, même s’il n’est pas encore très utilisé, montre bien que le problème touche suffisamment le grand public pour questionner les pratiques et commencer une remise en question. Pour moi le leimotiv est : il faut savoir raison garder et consommer sans excès.
L’avocat est souvent, un peu comme l’huile de noix de coco, relié au véganisme dans l’imaginaire collectif, car à ses débuts sur les réseaux, le véganisme était notamment porté par la sphère healthy qui avait tendance à consommer beaucoup d’avocats. On peut totalement être vegan et manger la quantité de 0 avocat par an, on ne vous retirera pas votre badge promis. Les avocats ont tendance à venir de loin pour leur grande majorité, mais aussi et surtout à demande beaucoup d’intrants toxiques, beaucoup d’eau (ce qui risque à termes de couper les populations locales d’eau potable), et à eux aussi provoquer de la déforestation, pour s’adapter à la demande mondiale croissante. Je consomme donc peu d’avocats, toujours d’Espagne, bio, et pendant leur pleine saison.
Le scandale des noix de cajou a trouvé un écho particulièrement fort en 2019 quand le grand public a découvert les dessous peu reluisants de leur culture. En effet, lorsque les exploitations ne sont pas mécanisées, ce sont majoritairement des femmes qui en font la récolte. Lors de cette dernière, les substance que sont le cardol et l’acide anacardiques créent des réactions cutanées aux travailleuses, payées en prime une misère. De même que l’avocat, beaucoup de recettes vegan avaient tendance à utiliser de la noix de cajou. On peut totalement s’en passer, ou choisir des marques qui adressent le problème en utilisant un décorticage mécanique, qui assure donc qu’aucun humain n’a brûlé ses mains pour que nous puissions manger nos noix.
J’ai classé ces trois problématiques ensemble car il me semble que pour les 3, on en revient à la même conclusion : quand il s’agit de produits qui viennent de loin et qui sont à la mode, participer à la vague ne peut rien apporter de bon ! Je pense que la modération est la clé, et qu’il est toujours bon de s’interroger sur les modes de production, qui peuvent nous permettre de trouver des solutions bien plus respectueuses des animaux, des humains, et des sols.

Véganisme et animaux de compagnie
On peut se questionner en premier lieu sur le concept même d’animal de compagnie. Pour certaines espèces, c’est plus évident d’imaginer un compagnonnage, mais pour d’autres comme les oiseaux par exemple, ou les poissons, difficile d’avoir les conditions requises pour leur permettre un plein épanouissement avec l’accomplissement de leurs besoins vitaux autres que l’alimentation.
Se pose également la question, moins nuancée, de l’élevage. Comme pour toutes les autres formes d’élevage, celui des animaux de race n’échappe pas à la logique. Ils sont élevés pour permettre à la personne qui le fait de gagner de l’argent. A partir de cet instant, les animaux sont des biens de consommation, et c’est vraiment la porte ouverte à toutes les dérives. Même si tous les éleveurs diront aimer “leurs bêtes”, en capitalismie, il n’y a pas de bons sentiments, et il faut atteindre une certaine rentabilité, qui se heurtera forcément à un moment ou un autre au bien-être animal. Il serait donc d’une évidence absolue que, lorsqu’on refuse les élevages pour se nourrir, qu’on refuse la même logique pour rencontrer ses animaux de compagnie. Vous avez peut-être déjà vu le slogan “adopt, don’t shop”, qui se traduit par “adopte, n’achète pas” et qui encourage les personnes à adopter leurs animaux de compagnie (dont les refuges débordent, de race ou non d’ailleurs), plutôt que d’aller encourager le système d’élevage.
Pour ce qui est de l’alimentation, la question se pose forcément si l’on est humains de compagnie d’animaux omnivores ou carnivores comme les chats ou les chiens. On a tendance à nourrir les animaux avec des aliments comme des croquettes ou de la pâté, et la qualité n’est pas toujours au rendez-vous. Elles sont souvent réalisées à partir de sous-produits animaux (os, boyaux, peau etc) mais aussi de protéines végétales pour des raisons de coûts (sans parler des céréales ajoutées pour cette même raison), mais de nombreuses marques ont émergé pour proposer des produits plus qualitatifs, à base de vrais morceaux (et donc une industrie à part), et non de déchets de l’industrie de la viande destinée initialement à la consommation humaine.
Comme pour les humain.e.s il est possible, en théorie, de trouver tout le nécessaire dans une alimentation végétale, car l’alimentation est une somme de nutriments. Cependant, le vrai frein actuellement est le manque de fiabilité des références proposées, qui ne sont pas complètes et mettent en péril l’équilibre alimentaire des animaux. En l’état actuel, il est donc difficile d’encourager les personnes vegan à nourrir leur animal avec une alimentation vegan. De plus, pour être dans ce cas, mes deux chats consomment des croquettes alicamenteuses (vétérinaires) qui traitent des problématiques bien précises. Il s’avère qu’il n’existe pas d’équivalent végétal. On attend donc avec impatience l’évolution de ce marché, avec des références fiables et complètes.
Conclusion
Si vous avez lu tout cet article, je vous dis bravo, car vous avez déjà fait un bon tour d’horizon du véganisme et des différentes thématiques qui l’accompagnent. S’il vous reste des questions, n’hésitez pas à me les poser en commentaire, j’y répondrai avec plaisir.