Humeur

Comment contacter les créateurs de contenu et influenceurs ?

Loin de moi l’idée de poser un constat banal au bout de maintenant 4 presque années à temps plein sur le blog et ses réseaux : on est parfois contactées de manière très inappropriée par mail ou sur nos réseaux, soit pour des projets qui n’ont rien à voir avec nous, soit pour des projets indécents en termes d’échange entre professionnel.les.

Je me suis dit qu’il pourrait être intéressant pour des marques ou personnes en charge de la communication des marques, d’avoir un petit guide de bonnes pratiques pour éviter de nous faire tourner de l’oeil ou de cramer une pile psychologiquement à chaque ouverture de mail.

Petit point sur tout ça.

Comment contacter les influenceurs pour des partenariats ?

Je suis une entreprise/une agence/un communiquant et j’ai un projet à valoriser

Déjà, bravo pour ça ! La communication est un pilier non négligeable du processus de vente, et il est également intéressant dans cette démarche de prendre en compte les blogs et réseaux associés comme des canaux de communication qui peuvent générer dans un premier lieu, une notoriété, puis éventuellement ensuite, des ventes.

Je reçois assez peu de mails, mais il m’arrive souvent de tomber sur certains qui manquent de clarté, de soin, ou même du plus basique des respects envers mon travail.
La plus grande partie de mon temps est déjà consacrée à communiquer, je vous assure qu’un mail clair et concis est déjà un gros gain de sympathie pour la marque que vous représentez.

Voici donc quelques points particulièrement à soigner dans votre mail :

  • En-tête : collaboration ? Dotation produit ? (on reviendra sur ces deux points plus bas) Marque ? Sujet (très bref)? Soyez pertinents dans le titre, pas évasifs, pas trop de smileys, au risque de finir en spam.
  • Présentation de l’entreprise : on ne demande pas le groupe sanguin du créateur, mais quelques lignes pour comprendre les valeurs (pas les bullshits, les vraies valeurs, comme si vous présentiez l’entreprise à une personne de votre entourage à qui vous ne vendez rien), les produits, le concept en question. En bref, l’essence du projet. Pas besoin d’en faire des tonnes, mais n’hésitez pas à linker le site (qu’on puisse trouver facilement les informations complémentaires) de la marque, et à dire quel est le client en question : pour ma part, je mets au rebut presque systématiquement les mails flous sur la marque, sans marque ou avec une marque pas encore crée dont on ne me dit rien de clair et précis. En bref : simple, clair, précis et avec des informations palpables.
  • La raison qui vous amène à nous contacter : parce que quand on s’est coltiné l’histoire de l’entreprise et parfois ses valeurs greenwashing (une spécialité dans mes mails !), on aimerait bien comprendre pourquoi on a lu tout ça. Quel est votre projet ? Décrivez-le précisément, en quelques lignes : contenu attendu, deadline, lignes directrices, objectif de la campagne …
  • Quel est notre rôle dans le projet en question ? Parfois on me parle de projets, mais si vagues et énormes que je ne sais pas par quel morceau le prendre ! Personne ne se sent investi dans une conversation qui semble taillée pour un lot de 12. On s’engage quand on se sent concerné.es, faites en sorte de nous inclure clairement, de nous expliquer quelle serait notre valeur ajoutée ici, sans flatterie inutile, mais juste qu’on comprenne pourquoi nous, et pourquoi cette marque avec nous.
  • Cherchez notre prénom ou à minima notre pseudo, et évitez de nous appeler par le prénom de quelqu’un d’autre de la liste de diffusion *rire jaune*, parce que vraiment, personne n’aime avoir le sentiment d’être une case dans une liste et ça ne met pas trop dans de bonnes dispositions.
  • Ciblez vos demandes : on m’envoie régulièrement des mails pour faire la promotions de produits animaux (genre le saumon, le jambon de pays, le miel). La lecture de mon profil (attentive) permettrait aux personnes qui m’envoient des sollicitations de s’économiser un mail parce que c’est direction poubelle, ou selon l’humeur, un mail pas très aimable. Même histoire qu’au dessus : personne n’aime être vu comme un gros panneau de pub sans humaine derrière (souvent gratuit en plus).
  • Evitez les 1587 smileys pour cacher votre inconfort de démarcher ou votre proposition bancale. Ca fonctionne peut-être sur certaines personnes mais dans mon cas, c’est révélateur d’une stagiaire qui changera dans 2 mois et qui doit démarcher avec zéro budget option mal à l’aise (je vérifie sur Linkedin et généralement c’est jackpot), de code promo en guise de rémunération, et d’un manque profond de sérieux dans la proposition que je vais recevoir (j’utilise aussi des smileys mais pas 3 par phrase, tout est question de limites et de raison).

Une fois tout ceci vérifié, assurez-vous que le mail ne fait pas 6000 mots : si le projet nous intéresse, il pourra alors être judicieux, dans un second temps, soit de nous laisser demander des précisions, soit de s’appeler pour en discuter avec plus d’aisance et pour éviter les malentendus qui peuvent parfois s’inviter à l’écrit.

Je suis une entreprise et j’ai un budget à allouer à mon opération de création de contenu/ma communication sur les réseaux

Déjà merci : il faut savoir que même les plus petites entreprises sont censées prévoir un budget pour la communication, car ça fait partie des charges à penser au moment de la création, au même titre qu’on budgète un ordinateur ou un logiciel spécifique à son activité.
L’erreur courante est de considérer que la communication sur les réseaux et blogs ne nécessite pas de budget.
Tout travail mérite salaire, sauf cas rare de bénévolat, au sens propre du terme. L’associatif étant un domaine à part, il sort évidemment de cette règle, mais si vous avez une activité à but lucratif, il n’y a pas de raison de considérer que la personne en face de vous se doit d’être bénévole.
En aucun cas je ne donne gratuitement de mon temps pour créer de l’argent pour une autre entreprise.
Dit comme ça, tout paraît limpide, je l’espère.

  • Parlez tout de suite de la notion de budget : ne tournez pas autour du pot et ne laissez pas planer de doute. C’est à votre avantage d’en avoir un à allouer à notre collaboration, mettez-le en avant.
  • N’hésitez pas à mentionner votre budget limite : l’idée pour nous ne va pas être de gratter le plus haut budget (c’est rare que les budgets proposés soient au dessus de ce que j’aurais devisé), mais bien de savoir si votre budget et mon devis pourraient être en adéquation.
  • Une fois le devis envoyé, si le devis est trop élevé, envoyez éventuellement un mail pour négocier le prix, sans abuser sur la différence afin de montrer que vous respectez cette tarification (qu’on devise en fonction de tout un tas de choses et de la valeur qu’on accorde à notre travail), tout en proposant un nouveau tarif. Si vous sentez que vous êtes vraiment trop éloigné.e de notre prix, on peut soit baisser le nombre de contenus attendus, soit allonger la deadline, ou modifier la qualité du contenu (la vidéo est plus chère que l’image fixe par exemple), bref, parlons-en sans pudeur afin d’essayer de trouver une solution.
    Sachez en tout état de cause qu‘une entreprise pour laquelle on perd du temps à faire un devis personnalisé et de laquelle on entend plus jamais parler passe spontanément du côté dark de la force : celui où on ne nous respecte pas assez pour le temps pris à nous intéresser au projet !
    Un simple non sobre suffit, promis, personne ne viendra rayer votre caisse, on sait que c’est le jeu, et on vous sera reconnaissant.es de nous accorder les quelques minutes en retour de notre mail pour lequel nous avons investi bien plus de 3 minutes.

Je suis une entreprise et je n’ai pas de budget à allouer à de la communication sur les réseaux sociaux

Bon, soit vous n’en avez plus, soit vous n’avez pas fait le choix de l’intégrer à votre création d’entreprise. Quoi qu’il en soit, maintenant, il va falloir faire avec. Mais pas n’importe comment.

  • Parlez tout de suite de votre absence de budget : laisser planer un doute pour ferrer le poisson n’est pas une qualité, on finira bien par le savoir un jour et ça donne au mieux un feeling désagréable, au pire, l’impression qu’on nous prend pour des dindes.
    Soyez honnêtes et clair.es sur vos capacités, c’est une grande qualité, on se sent tout de suite plus en confiance et on sait à quoi s’attendre. Je n’imagine absolument pas offrir de mon temps et de ma visibilité gratuitement si en prime on ne joue pas la carte de la transparence.
  • Ne parlez pas de « collaboration » ou de « partenariat » comme si l’échange était parfaitement équilibré. Partez du principe que vous êtes dans un échange où la personne acceptera éventuellement de communiquer sur le projet/produit si ça lui plaît vraiment, mais qu’en l’absence de budget, vous pouvez seulement proposer une dotation produit ( = on envoie un produit comme si c’était du service presse).
  • Ne mettez pas de guideline précise, d’attentes en quantité ou qualité : vous n’avez pas de budget, vous ne pouvez pas espérer donner des directives et avoir des attentes précises sur les contenus ou leur qualité comme ce serait le cas avec un budget. Sur pure base de bénévolat, c’est au bon vouloir de la personne au bout du mail. Autrement, dans mon cas, ça se solde automatiquement par une demande de précisions pour établir un devis chiffré.
  • Soyez généreux.ses. On parle avec plus de facilité d’une marque dont on se sent bien traité.e. Un petit mot personnalisé dans le colis, une jolie présentation, et un colis généreux (pas non plus nécessaire de nous envoyer notre poids en nouilles, le juste milieu est parfait :D). N’hésitez pas, avant de le préparer, à poser la question à la personne contactée : quels sont les produits qui te tentent le plus ? As-tu des allergies (et si oui à quoi?) ? Souhaites-tu essayer autre chose ? Il s’agit simplement de se sentir considéré.e et remercié.e pour le geste qu’on fait en acceptant une mise en avant totalement gratuite sur notre temps perso, et pas juste vu.e comme une poule aux oeufs d’or à 2 balles.
    Il n’y a rien de pire que de recevoir un colis avec UN produit unique balancé dans du carton sans mot sans rien, avec une valeur monétaire de même pas 2 €. Personne n’a envie d’enjoliver une marque ou un concept en échange de ça.
  • Ne soyez pas trop pressé.es : si au bout d’une semaine vous n’avez pas de retour, sachez que je pense parler pour beaucoup en disant que nous avons des journées bien remplies, et qu’on fait évidemment passer en priorité les contrats pour lesquels on a signé des deadlines et des retours précis. On fait donc très logiquement passer après les dotations produit, et je pense que je ne suis pas la seule à réaliser des batchs pour parler des produits reçus (et qui m’ont plu), et les traiter seulement quand j’en ai le temps.

Je pense qu’on a fait le tour des deux cas de figure, des choses qui vraiment sont épineuses.
Enfin last but not least : n’oublions pas que le rapport communiquant c’est une entreprise/un concept qui a besoin de visibilité qui vient à une personne qui en a (ou bien qui a besoin de contenu, face à une personne qui peut lui créer).
Quand on nous tourne le mail de manière à avoir l’impression que c’est nous, qui avons besoin de quelque chose alors qu’on nous démarche, c’est nier totalement l’apport que l’on peut avoir dans le contexte. Ne nous réduisez pas pour faire baisser la valeur de ce que vous venez chercher.
Sinon vous ne viendriez pas. Si en jouant sur le syndrome de l’imposteur de certaines personnes ça peut fonctionner, pensez à la place que vous aurez en enfer avec ce genre de pratiques délétères pour les personnes que vous avez en face et qui vont bosser pour des clous que vous refuseriez.

Mails de contact pour des partenariats avec les influenceurs

Et last but not least BIS : PITIE, ne nous jouez jamais la carte de la « petite PME qui n’a pas les moyens » en argumentaire. Comme dirait mon amie Sandra (du blog encore un gâteau), elle a pas le Qatar derrière elle non plus. Personne de nous en fait, car nous sommes aussi des petites entreprises !

Merci d’avoir lu jusqu’ici, j’espère que l’article aura été utile pour comprendre ce qui peut vraiment coincer lors d’un premier contact. Comme dans la vraie vie, le premier contact, c’est important, pas vrai ? 😉

Les formules à bannir :

« Salut Jacqueline, j’adore ton blog qui parle de cuisine saine «  – Je m’appelle pas Jacqueline et je cuisine pas sain juste parce que je cuisine vegan (Notez ça en gras quelque part vegan n’est pas égal à sain)
« On aimerait te proposer un échange win win » = ça pue la douille à sec avec du gravier, IL EST OU LE CODE PROMO ?
« En guise de rémunération, on te propose un code promo affilié pour tes abonnés » = Un variable n’est pas une rémunération.
« Tu auras la chance de recevoir le nouveau produit de la marque (d’une valeur approximative de 3€02) » – Punaise, je pense que je vais jouer au loto ce soir moi.
« Tu reçois le produit, et tu réalises un post, une recette et 3 stories pour en parler et faire un retour à ta communauté » = salut, et une pipe avec ça ?
« Nous sommes une petite Pme » = WARNING DE FEU
« Nous ne rémunérons pas nos blogueurs » = Je ne travaille pas gratuitement
« Nous pouvons t’offrir ton poids en produits, est-ce que ce serait ok pour toi comme proposition du coup ? » = c’est con que mon banquier n’accepte pas la purée d’amande par quintal.
« Nous pouvons te proposer 50€ » = sur les 600 balles du devis, ça risque de faire léger, t’es le genre à tout miser au poker toi nan ?

2 Commentaires

  • Ton article est à la fois un excellent aperçu des failles des entreprises en terme de communication et un excellent guide pour contacter des influenceur·ses de manière honnête, respectueuse et personnelle. Je me dis parfois que même un robot ferait un meilleur job (sa super technologie lui permettrait au moins de trouver mon prénom, ce que la plupart des personnes qui me contactent semblent peiner à trouver… alors qu’elles disent me « suivre avec intérêt depuis des mois » (alors que leur abonnement est apparu dans mon feed 2 minutes plus tôt) (je n’exagère même pas !))… c’est dire combien les personnes en charge des partenariats/envois produits semblent démunies devant la tâche à accomplir. Une petite formation « courtoisie de base option honnêteté » ne ferait pas de mal à certain·es, vraiment… Il fut un temps, je répondais dans le but d’expliquer en quoi leur approche était problématique. Aujourd’hui, je n’ai plus suffisamment d’énergie et de motivation pour « éduquer »… mais je renverrai bien volontiers vers ton article désormais. Je vais d’ailleurs l’ajouter à ma page « collaborations ».

    Autre point sur lequel je me pose des questions : le tutoiement d’emblée, très courant dans ce milieu… je ne vis plus en France depuis plus de 20 ans alors la place du vouvoiement a peut-être évolué dans le milieu pro, je ne sais pas ? Mais j’admets que ça me semble souvent un peu déplacé, mais c’est peut-être moi qui n’ai pas évolué ?

    • Coucou Toi !
      Déjà merci beaucoup, parce que c’est toujours délicat d’écrire sur ces sujets qui concernent directement mes interlocuteurs/trices. Ca me touche évidemment de plein fouet, et c’est évidemment biaisé, mais j’imagine qu’il tombera entre de bonnes mains !
      En effet, parfois, j’ai vraiment le sentiment qu’il y a un vrai laxisme quand on ne cherche même pas mon prénom, c’est tout sauf pro (à minima mon pseudonyme, ça passe, mais quand je signe de mon prénom et qu’on me répond par mon pseudo/nom de blog … Hahem).
      Oui, j’ai parfois le courage, parfois pas, ça dépend de l’humeur et aussi de la sensibilité que je sens derrière. Après tout, avec un peu de recherche et de veille je pense que ça tombe sous le sens 🙂
      Disons que j’ai rarement des retours quand j’essaye d’expliquer la problématique d’un mail (j’imagine que ce n’est pas agréable, ça va sans dire), mais je me dis que ça peut peut-être faire réfléchir pour de prochains contacts et donc à termes, créer un cercle vertueux pour nous tous.tes ! On voit déjà une nette diminution des demandes très fournies et gratuites, tout n’est pas perdu à mes yeux, c’est ce qui m’a aussi motivée à rédiger ce long article 🙂
      Pour ma part je préfère vraiment le tutoiement, donc je dois avouer que ça me va très bien, mais je comprends ! A l’inverse j’ai du mal ensuite à proposer le tutoiement quand on se vouvoie et qu’on s’entend bien (professionnellement je parle, mais tu auras compris, parfois on a un feeling plus sympathique avec certaines personnes), mais je peux totalement comprendre que ça permet de mettre une distance nécessaire pour certain.es (en anglais on se pose moins la question haha).

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